Tous les silences

mars 2, 2009

Toutes ces pages ouvertes vers des forums, dans l’espoir d’une parole qui pourrait peut-être, enfin… mais ce ne sont jamais les bons mots et c’est l’inutilité de la répétition, l’attente désespérée enfin d’un écho, d’une réponse. Qui ne vient pas.

Les soirées sont ces longs trains vides qui s’enfoncent dans la nuit, ils ne roulent pour personne et leur lumière ne brille que pour les ténèbres. Les heures comme des wagons, on entre par une porte, on scrute tous ces sièges vides qui ne répondent rien, que ressemblent à des blancheurs d’hopital, et la porte suivante ouvre sur un autre wagon, où ma lumière blafarde plaque l’absence sur tous les angles, tous les recoins. Le bruit lancinant des rails, c’est le coeur de la nuit, c’est la machine, seul coeur qui batte quand tout est mort.

Combattre le vide pour oublier ce néant qui est partout, sous nos pieds, mais savait-on que la terre était friable comme la réalité?

Je pourrais écrire des pages, écrire infiniment pour tenter de remplir votre silence à vous. Car au fond il n’y a que ça, c’est la seule chose véritable, cette chape de plomb, ce néant. Il y a vous, et tout autour le monde qui sombre dans votre silence, dans le vide qu’il crée. Chaque jour c’est cela. Pas de signe de vie. Pas de signe de vous. Le rien. Vous m’usez. Dois-je faire comme si je ne remarquais pas les blancs, toujours immenses, toujours stériles, toujours aveuglants, comme s’ils étaient normaux ?


Tout ce passé qui pèse sur les épaules comme des monceaux, des tombeaux de pierres. Votre silence me remplit, je deviens cette tombe de vide qui ne peut pas penser.

Il y a toutes les pièces vides où tu n’es pas
Toutes les scènes qui ne seront pas
Tous les gestes que je ne ferai pas,
Et ton ombre sur le mur des possibles.

Il y a les temples où ta voix résonne
Les échos de tes rires et les paroles mortes
Il y a tes mille mots mille fois redits,
Et ceux que je ne dirai pas.

Il y a tous les instants où tu n’es pas
Tous les visages que tu vois sans moi
Et ces mille choses que tu ne sauras pas.

Et il y a toi, toujours gouffre amer,
Toujours miroir trouble au-delà du monde,
toujours chimère, choyée comme un enfant.

Et après, au delà de la chute il y a le silence, lorsqu’on n’a plus la force et que l’obscurité vient se blottir au creux de l’âme.

Des moutons

février 20, 2009

froiduredesnuits

Pauvre brebis, méchante brebis allée vers le précipice, méchante brebis. Pourquoi cherches-tu toujours le fau qui brûle, toi qui es la feuille morte, pourquoi veux-tu ce qui fait mal? La brebis sait que le précipice est mauvais mais il faut s’approcher toujours plus près, toujours trop près…
Je te hais ma brebis, ma laine blanche, je te hais mon atrocité sans nom. Tais-toi. Je voudrais le silence ou les limbes de la conscience animale, ou la paix du néant quand le vertige est passé.
Je hais, et je fais. Ô brebis, méchante brebis, pourquoi vas-tu vers le précipice, sois sage, sois sage.
Mais non, je ne serais pas sage, je suis la voix qui parle sans trêve, je ne sais plus, je ne sais pas… Le mal existe-t-il? Je ne sais plus, je ne sais tellement plus. Être faible est-ce être mal? Être soi est-ce être faible? Où est le mal? Je ne sais plus, mais il n’y a sûrement que du noir… que du noir.
Brebis, ma brebis, si tu t’approches du loup ne t’étonne pas de voir des crocs.
Mais le feu est brillant, mais le feu danse, mais le feu fascine… et le feu brûle. Juste un instant pour toucher la lumière et disparaître. N’être plus rien, être le feu et brûler dans le feu, n’est-ce pas préférable à voir le feu qui s’éloigne de la glace?
Je suis fatiguée, trop fatiguée des mots qu’il ne faut pas dire.
Il ne faut pas imposer son psychisme, il faut dire que tout va bien, mais pourquoi les autres vont-ils bien? Ou tout le monde meurt-il en silence?
Je voudrais le silence ou les limbes de la conscience animale, ou la paix du néant quand le vertige est passé.

février 12, 2009

uncorbeau

Nathanaël, je te parlerai des fantômes, j’ai vu leurs spectres mélancoliques hanter mes journées. Leurs figures étaient toujours floues mais ils étaient là. C’était des apparitions, des incarnations, des fantasmes. J’ai vu dans les magasins bondés, les figures trop adorées, et invoquées partout, je les ai vus se glisser entre les vivants pour me faire signe, signe de leur absence, irrévoquable. Ils portent des masques divers, que l’attente sait toujours reconnaître. Ils sont un visage, une coiffure, un vêtement, ils sont la réalité au-delà des choses qui sont là. Et ils ne sont pas là, qui peut toucher une ombre, qui peut lui parler?

Et j’ai vu d’autres fantômes, ceux qui vous narguent, ceux qui sont les rappels de ce que nous ne sommes pas. J’ai passé des longues promenades discutant avec eux, ou plutôt tentant d’ignorer leurs remarques incessantes. On ne peut les chasser, car ils ont raison: nous ne serons jamais eux. Et leurs visages, leurs rires, flottent dans l’air, tout autour.

Et j’ai vu les fantômes des peurs, noirs comme des néants…

Au jour le jour

février 10, 2009

Quand elle marche le soir, et qu’il fait déjà sombre, le reflet du ciel dans les flaques forme de grands gouffres, comme de larges déchirures de néant, un noir que les chaussures frôlent, elles hésitent au-dessus, puis le pas franchit le vertige et poursuite son chemin, entre les chutes qui l’entourent.

Elle pense à sa jalousie, qui est une pieuvre discrète et électrique, aux yeux verts qui vous rongent, acides comme une pomme. La jalousie, qui a des tentacules gris comme des éclairs sombres, qui vous traversent la tête et viennent glisser leurs doigts fins dans le creux de l’oreille, avec des murmures frémissants.

Elle pleure sur la foi qu’elle n’a pas, elle aurait aimé chanter avec foi, en latin, en russe ou en français, en anglais, avoir l’étoile des rois mages pour guider sa route. Mais chacun sait que la course des étoiles n’est qu’une illusion due au mouvement de la terre.  Elle entend avec le regret de ce qu’on ne peut pas toucher les chansons qu’autrefois certains ont entonnés pour défendre des idéaux, parce qu’ils étaient grands, parce qu’ils étaient beaux, parce qu’ils ouvraient un ciel bleu. Mais il faut savoir qu’un idéal est toujours criticable, qu’il n’y a pas d’absolu, que le ciel ne semble bleu que parce que mes yeux perçoivent ainsi les ondes lumineuses, mais le bleu n’existe pas.

Lui

janvier 14, 2009

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crayon usé trop tôt et regretté

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Ce serait un regard, à hauteur d’homme, mais celui qui voit est surélevé, d’environ 7 marches d’escalier. Devant il y a quelques personnes, en grappes, ici et là, mais on voit qu’ils ne sont pas le centre du tableau. C’est la nuit, il y a un léger brouillard, les respirations forment de petites blancheurs figées. Mais ce qui importe est situé au-delà de ce premier plan. Des gens traversent le parking et un couple s’éloigne vers une ruelle, ils marchent simplement côte à côte, et parfois on entend la femme rire. On sait qu’ils discutent familièrement. Ils disparaissent dans l’ombre, ensemble. Il pourrait neiger.

***

Il était 22h35 environ, il faisait relativement froid, mais la nuit était claire avec un léger brouillard. Tout le monde s’était précipité dehors pour fumer ou attendre, puis ils s’étaient dispersés. A droite, certains sont restés à discuter, en riant, ils attendaient quelqu’un.Quand il est arrivé ils sont partis, échangeant des mots familiers. La nuit était vide.

Il y a une cave, ou comme une cave. Des pensées vivent dedans. Elles ont des ombres attachées à leurs pieds. Les ombres sont grandes, et quand la lumière diminue (mais y a-t-il de la lumière dans une cave ?), elles s’allongent, déformées, elles ont des griffes comme des vampires, et elles les tendent vers les pensées.
Ainsi chacune porte sa destruction, prête à la dévorer, prête à la supprimer, à ses pieds. Chaque mouvement est le risque de rencontrer l’ombre, de la frôler et de la voir taillader la pensée, mais pourquoi ?
Les pensées sont paralysées, prostrées dans la cave où il fait sombre, elles s’autodétruisent, car toujours l’ombre est plus grande et s’étend contre la pensée, frissonnante. La pensée « je pourrais faire ça  » et son double: « non, ce serait mal, peu stratégique, et si… ». Ce sont les ombres du doute qui mènent la danse dans le ballet arachnéen qui se joue, elles rongent les pensées, squelettiques, comme dans marionnettes grises.

Et quand on éteint il n’y a plus que les ombres.

Dans le dédale des rues

janvier 10, 2009

C’était la nuit noire au dehors du théâtre. Et aussi ailleurs. F et P sont partis, ensemble. Je suis restée, et je suis partie.
J’ai marché à travers les rues vides, trop vides, mais il y avait quelques personnes, quand même, pour m’empêcher de m’affaisser le long des murs. Ils ne me voyaient pas, je pense, inexistante.
J’ai marché vers le vide, en essayant de me semer, de me perdre, perdre enfin ce moi dans une rue, de m’éloigner, peut-être qu’il resterait en arrière. Mais il était bien attaché et les larmes sont restées aussi. J’ai marché en voyant les rues défiler qui n’avaient pas de sens, qui ne menaient nulle part, comme trop d’autres choses.
Pâtisserie boulangerie – kebab – montres suisses – Pâtisserie – ouvert 7j/7 – poussez – bar tabac – boulangerie – Essayer de lire tous les mots pour ne plus avoir que des sons dans la tête, que des mélopées d’absurdités et faire le vide. Chasser tous les sentiments et remplir de boulangerie – montres suisses – serrurier – résultat en 24h – cyber café – ouvert jusqu’à 23h – Mais la cervelle s’accroche et refuse la fluidité du non-sens, elle bute sur les mots, y revient, cherche à comprendre. Il n’y a pas d’évasion dans la nuit car on revient toujours là où il faut aller.

Lui

janvier 10, 2009

Je l’ai abandonné mais il m’a retrouvée.

Et maintenant il me regarde, de ses yeux métalliques.

Folie

décembre 30, 2008

J’aurais aimé une ode à la déraison, voir un soleil dans un verre d’eau, voir pencher le monde en tournant la tête, entendre des harmonies disharmonieuses dans la circulation. J’aurais aimé transpercer l’opaque du ciel et brûler des ailes qui ne fussent pas les miennes. J’aurais voulu voir flotter dans le translucide d’une boisson perverse le regard du démon, j’aurais voulu entendre pleurer un violon démembré, j’aurais voulu boire les larmes de ceux qui ne pleurent pas.

Assise dans la nuit, j’ai ouvert la boîte de Pandore, et l’obscurité a des yeux de velours.

Mon ode à la déraison, j’aurais voulu tenir le fer blanc à pleines mains, mordre la neige trop froide, j’aurais voulu mettre du rouge à lèvres, et vivre mille instants en une seconde, les yeux fermés j’aurais voulu refuser le monde. J’aurais rêvé des corps dansants, des corps dorés, les yeux fermés contre le monde, ou le mal. Et la raison….

Mon ode à la déraison, j’aurais voulu rire d’un spectacle tragique, vendre mes organes contre du sel argenté, chanter en hébreu, être crucifiée, j’aurais voulu un verre de grenadine et du sirop de menthe, des couettes d’innocente, une robe de fée. J’aurais rêvé des cauchemars difformes, où les ombres trop grandes sont un tapis de peur, j’aurais rêvé de grands arcs électriques et violets entre les murs d’une pièce sans porte, j’aurais eu l’euphorie des coupures du déliquescent, et des autres.

Mon ode à la déraison, mais les mots sont truqués, toujours gris, toujours fades et je ne sais pas déclamer, tuées les silhouettes trop contrastées, tuées les couleurs trop vives.

Et pourtant, mon ode à la déraison, mordre un citron, donner un coup de poing dans la vitre, la musique trop forte qui remplit la tête, prendre une aiguille et crever un ballon coloré, déchirer les pages d’un livre, entrouvrir les doigts et laisser tomber le verre qui se brise, j’aurais voulu porter un costume et être autre, j’aurais voulu voir un voilier dans une tasse de café, des écharpes de soie pendues dans un baobab, des lézards indigo dans des trains d’or.

Une déraison.